J'ai souvent comparé internet au Monde Flottant, compris comme image de l'impermanence, tant les rapports qu'on y lie avec des inconnus sont éphémères, parfois trompeurs, souvent décevants, pourtant cet univers flou a parfois de bons aspects.
Un jour, à défaut trouver des blogs de chinois écrivant en français, je décidai de visiter régulièrement des blogs de français vivant en Chine et à ma grande joie je découvrai dans le liens de Guillaume le blog de Neige.
Au tout début de mes visites sur son blog, Neige s'interrogeait sur les amérindiens et je lui disais qu'à mon avis la présence du chamanisme des deux côtés de l'océan Pacifique était bien une preuve de l'origine commune de nombreux peuples, faisant à présent partie de la Chine, avec le monde amérindien.
A partir de là des liens de confiance se sont établis et pendant quelques mois j'ai été pratiquement le seul commentateur de son blog, que Neige avait toujours envie d'interrompre (le premier que j'ai connu a en effet été écrasé mais bien vite il fut suivi d'un petit frère)
Mademoiselle Hiver Neige était en effet de tendance dépressive, plus ou moins maladroitement je tentais de lui remonter le moral.
Une amitié transcontinentale s'est installée, en dépit des quarante et plus années qui nous séparent, je pense que pendant un temps Neige continuait son blog en partie pour ne pas me décevoir.
C'est peu à peu que de nouveaux visiteurs sont venus flâner au « Pays de Neige », de nouveaux commentateurs prirent mon relai et nouèrent des liens avec elle, alors que je m'effaçai un peu pour ne pas sembler m'agripper à une sorte de rang de premier venu.
Il arriva que cette quinzaine de correspondants réguliers finirent par rendre à Neige la confiance en elle même. Elle retrouva un moral solide et cet état d'esprit lui permit de faire connaissance d'un compagnon selon son coeur.
Voilà, ce sont ses derniers mots, aujourd'hui elle n'a plus besoin de blog, alors que des gens des ses connaissances non virtuelles l'ayant découverte elle ne peut plus laisser des confidences intimes, comme on en fait à ses amis du Monde Flottant.
Mais dans ce monde éphémère j'ai un peu servi à quelque chose comme elle a bien voulu nous le dire. Qu'elle aussi en soit remerciée.
Et voici une estampe du monde flottant qu'elle pourra reconnaître!

NB: Pour la suite de l'aventure voir mon nouveau blog.
Lao Zi l'a dit, il faut trouver la voie qui reste en son village vivra heureux.
Mon village était un blog (en état de sommeil profond) dont la base technique semble vaciller dangereusement.
Si le vieux sage conseille de demeurer où le ciel nous a mis, il concède cependant quelques rapports avec les autres villageois.
Aussi Xiao Zi, le petit sage, transporte son maigre bagage en un lieu où il restera à même de communiquer avec les blogs amis.
Il ne sait pas encore si comme la sainte trinité il adoptera le triple visage de Xiao-bob, Xiao-zi et celui de l'infâme Balivernes
Qui verra sera certainement vivant au moment où il le voit.
NB: Mon nouveau blog est en tête des liens
Anne Cheng élue au collège de France, a choisi de faire son cours pour l'année 2009 sur le thème « Confucius revisité : textes anciens, nouveaux discours »
L'intégrale des ses cours se trouve en audio sous ce lien
www.college-de-france.fr/default/EN/all/his_int/biographie.htm
Confucius en effet, à qui est attachée une incontournable image de permanence, est véritablement un philosophe, c'est ainsi que nous le qualifions, à éclipses.
Depuis qu'il est apparu, dans ces petits états qui grandirent jusqu'à devenir la Chine d'aujourd'hui, il a servi plus de miroir aux hommes de toutes époques qui trouvaient toujours le moyen d'y référer leur pensée que de réservoir de sagesse intangible, et ceci dès l'origine même puisque ses « entretiens » furent rédigés (tel qu'il advint des évangiles) non sous sa dicté mais par ses disciples eux mêmes.
La première grande éclipse historique est celle dont le premier empereur Qin Shi Huang Di fut à l'origine puisqu'il trouva à propos d'enterrer vivants les lettrés confucianistes et de bruler leurs livres. Plus tard les Han reconstituèrent le corpus, avec les distorsions que l'on imagine, et en firent une doctrine officielle.
Sous les Tang on s'intéressa plus au bouddhisme et Confucius ne reprit sa pleine place que sous les Song.
Sous les Yuan les Ming et les Qing, l'occident découvrit Confucius, lui donna son « nom de baptême » et s'efforça de le tirer vers le christianisme voire l'humanisme (notion qui elle même passait en Europe par de curieux avatars)
Les révolutions dont la Chine fut le thêatre mirent à mal la pensée de notre grand homme, et lorsque Deng Xiao Ping libéra les forces capitalistes il ne restait dans sa patrie plus grand chose de son enseignement « traditionnel » à tel point que les écoles de « sinologie » en occident détenaient plus de savoir confucianiste que les intellectuels chinois eux même.
Toutefois des traditions confucianistes avaient survécues en Corée.
Si bien qu'à ce jour la Chine s'est mise en devoir de réapprendre Confucius et que dans les écoles primaires les enfants psalmodient les phrases des entretiens. Ils l'apprennent par cœur aujourd'hui, certains en comprendront peut être le sens plus tard.
Ou bien, comme il est plus vraissemblable, ils l'habilleront des vêtements du présent comme ce fut toujours et partout la tendance, et comme nous accommodons Socrate à la sauce du jour.
Je suis un peu obsédé par cette chanson et il n'y a pas moyen d'en trouver une traduction en français.
Alors je m'y suis mis et vous propose ma version personnelle.
It's dreamy weather we're on
You waved your crooked wand
Along an icy pond with a frozen moon
A murder of silhouette crows I saw
And the tears on my face
And the skates on the pond
They spell Alice
I disappear in your name
But you must wait for me
Somewhere across the sea
There's a wreck of a ship
Your hair is like meadow
grass on the tide
And the raindrops on my window
And the ice in my drink
Baby all I can think of is Alice
Arithmetic arithmetock
Turn the hands back on the clock
How does the ocean rock the boat?
How did the razor find my throat?
The only strings that hold me here
Are tangled up around the pier
And so a secret kiss
Brings madness with the bliss
And I will think of this
When I'm dead in my grave
Set me adrift and I'm lost over there
And I must be insane
To go skating on your name
And by tracing it twice
I fell through the ice
Of Alice
There's only Alice
Le temps nous tourne en rêves
Tu agites ta baguette crochue
Au bord de l'étang gelé sous la lune froide
Je vois en silhouette un meurtre de corbeaux
Et les larmes sur mon visage
Et mes patins sur l'étang
Epellent Alice
Je disparais dans ton nom
Mais il faut que tu m'attendes
Quelque part, de l'autre côté de la mer
Un bateau est venu s'échouer
Tes cheveux sont comme un pré
Où l'herbe se mêle à la marée
Et les gouttes de pluie sur ma fenêtre
Et la glace qui flotte dans mon verre
Tout ne me fait penser qu'à Alice
Arithmé-tic, arithmé-toc
Mes mains font tourner l'horloge en arrière
Comment l'océan berce-t-il les bateaux?
Comment fit le rasoir pour trouver ma gorge?
Les seules amarres qui me retiennent ici
Se sont emmêlées autour du môle
Et si alors un baiser secret
Me rend tellement fou de bonheur
Et que je doive y penser toujours
Même mort dans ma tombe
Me laissant à la dérive et perdu loin d'ici
Et il faudra bien que j'ai perdu la raison
Pour revenir patiner sur ton nom
Et le traçant une autre fois
Me noyer au travers la glace
De Alice
Il n'y a plus qu'Alice
Il y a un an, le 20 mai 2008, Ji Le publiait sur son blog la photo de trois élèves d'un lycée du Sichuan ensevelis dans les décombres de leur école.
Cette photo poignante montrait ces jeunes comme endormis, paraissant amicalement appuyés sur les bras les uns des autres, dans une attitude qui évoquait trompeusement un instant paisible et rappelait le poème de Rimbaud "le dormeur du val"
Ils n'avaient pas deux trous rouges au coté droit, les convulsions de la terre les avaient emportés.
Je suis retourné sur le blog comme on va sur la tombe d'un ami, ou d'un inconnu, pour me souvenir, pour partager un moment de tristesse humaine.
Dans les anciennes légendes, nous avons appris que les vieilles forêts d'Europe étaient habitées par des dragons, redoutables créatures qui chez nous étaient toujours prêtes à dévorer le voyageur et sa monture.
Mais celui-ci est un dragon de bon augure, un dragon voyageur qui vient de Chine, c'est celui-là même qui a porté bonheur à Neige et l'a faite engager à l'université Shanda.
En récompense il a eu le droit de s'installer en image de fond sur mon nouvel ordinateur.
Nous passerons quelques heures ensemble et même un peu plus.

Il y a, depuis quelques jours, un obstacle qui m'empêche de commenter le blog de Neige;
Seuls, les futés familiarisés avec le maniement des "proxy" y parviennent.
Voilà ce que je voulais écrire sur la musique de nuit.
"C'est ce que j'avais trouvé si sympatique à Beijing, les gens qui faisaient de la musique dans les jardins, jouaient du erhu, chantaient l'opéra.
A Hong Kong il y a aussi une place où des musiciens avec instruments et tout jouent l'opera tard le soir du côté de Monkock."
25 mars, la "muraille" est contournée, il suffisait de changer d'ordinateur.